Le jingasa (陣笠) est l’un de ces objets japonais à la fois fonctionnels et hautement esthétiques, à la frontière entre l’armure et l’accessoire du quotidien.
Littéralement « chapeau de camp », il apparaît dans l’imaginaire comme un couvre-chef de guerrier, mais son histoire est plus riche : le jingasa a été porté par des soldats (les fantassins), des messagers, des pèlerins, des artisans et même des serviteurs lors des déplacements.
Aujourd’hui, il séduit collectionneurs et amateurs d’arts décoratifs pour sa patine, ses laques profondes et parfois la présence d’un mon (blason) qui raconte une appartenance ou un statut.
Qu’est-ce qu’un jingasa ?
Le jingasa est un casque rigide, ressemblant plutôt à un chapeau, généralement conique ou bombé, conçu pour protéger de la pluie, du soleil… et, dans certains cas, offrir une protection légère.
Contrairement au kabuto (casque d’armure de samouraï), plus complexe dans sa structure (plaques en métal forgé et rivetées entre elles) et destiné au combat, le jingasa est souvent plus simple, plus léger, plus portable, et adapté à la mobilité (n.b. une protection en phase avec l’évolution des techniques de combat).
On rencontre des jingasa en laque (urushi) sur support bois, cuir bouilli ou papier renforcé, en fer ou alliages souvent laqués ou patinés, parfois décorés de motifs gravés, d’un mon, ou d’inscriptions.
Un objet lié au Japon d’Edo
Le jingasa se développe particulièrement à l’époque Edo (1603–1868), lorsque les déplacements s’intensifient : processions, routes du Tōkaidō, pèlerinages, missions officielles.
On l’associe aux ashigaru (fantassins) et aux personnels d’escorte, mais aussi à un Japon en mouvement, où l’équipement doit être robuste, pratique et identifiable.
C’est là que le jingasa devient un terrain d’expression : un bel urushi noir, brun ou rouge, une surface « peau d’orange » (ishime-ji), un emblème mon marqué au centre, et l’objet bascule du simple utilitaire vers le bel artefact.
Formes, détails et éléments à observer sur un casque Jingasa
Pour apprécier un jingasa ancien, certains points sont essentiels :
- La forme : conique, aplatie, très bombée… chaque silhouette correspond à un usage et une époque.
- La laque : profondeur, micro-craquelures naturelles, usure cohérente sur les arêtes. Une laque trop “neuve” peut indiquer une restauration lourde.
- Le mon (blason de clan de samouraï) : parfois peint, parfois en relief, incrusté… selon les techniques traditionnelles. Décoratif, mais surtout fait pour montrer son appartenance à une « famille ».
- L’intérieur : traces de port, attaches, anciennes réparations, marques d’artisan ou d’inventaire.
- La patine : un bon jingasa raconte le temps. L’important n’est pas la “perfection”, mais la justesse.
Pourquoi le jingasa plaît aux collectionneurs ?
Parce qu’il concentre plusieurs dimensions recherchées dans les arts japonais : minimalisme, matière, fonction, histoire.
En décoration, un jingasa ancien se présente magnifiquement sur un support discret ou fixé au mur : il apporte une présence « historique » et décorative dans un intérieur japonaisant ou non.
L’aspect « graphique » de l’objet s’intègre très bien dans des pièces contemporaines mixant les styles et les époques.
Conseils de conservation d’un casque Jingasa
Un jingasa (surtout laqué) demande des gestes simples :
- éviter les soleils directs prolongés
- préserver une humidité stable (pas de cave, pas de radiateur)
- dépoussiérer avec un chiffon très doux (sans produit)
- ne jamais “nourrir” la laque avec des huiles modernes (éventuellement un léger passage d’huile de clous de girofle choji )
FAQ – questions fréquentes sur le jingasa
Jingasa ou kabuto : quelle différence ?
Le kabuto est un casque d’armure, pensé pour le combat. Le jingasa est un chapeau-casque plus simple, souvent destiné aux déplacements et à la protection légère misant sur la mobilité.
Un mon garantit-il l’authenticité ?
Non. Un mon peut être authentique, ajouté, ou décoratif. L’authenticité se juge sur l’ensemble : laque, structure, usure, cohérence.
Peut-on exposer un jingasa en décoration ?
Oui, c’est même l’un des objets japonais les plus élégants à exposer, à condition d’éviter lumière forte et variations extrêmes.





